Premier Acte

Une affaire de mots et une affaire de femme

Cécile Casanova vit à Seattle depuis 2003. Elle est professeure de lettres et théâtre depuis 1998 et a ouvert les portes de Premier Acte en septembre 2019.

 

Made in France : Comment est née l’histoire de Premier Acte?

 

Cécile Casanova : De plusieurs éléments, mais avant tout de l’envie d’écrire pour les autres et de mettre mes mots au service des autres. Tout a commencé il y a une dizaine d’années quand Andrée McGiffin, alors directrice de la FASPS [École franco-américaine du Puget Sound], m’a demandé d’écrire un discours pour chaque élève à la cérémonie de graduation. Je me souviens de son ton autoritaire: «  Cécile, vous êtes la prof de lettres, c’est vous qui écrirez les discours de graduation! » On ne débattait pas avec Andrée quand elle avait une idée en tête. J’ai donc dû m’y mettre sans discuter ! Et puis après avoir monté et adapté de nombreuses pièces de théâtre pour mes élèves, un jour je me suis dit qu’il serait beaucoup plus simple d’écrire sur mesure et de faire le lien entre mon cours de lettres et mon cours de théâtre. Depuis, je ne me suis pas arrêtée d’écrire pour mes élèves.

 

Made in France : Vous n’écriviez pas avant?

Cécile Casanova : Si, mais pour moi uniquement.

J’ai commencé, comme beaucoup, par un blog en 2008 : Beaucoup de bruits pour

rien (brouhaha.blog) ; mais là aussi ce qui l’a fait démarrer c’est quand je me suis mise à écrire à partir d’une contrainte de travail précise. Au moment de l’élection de Trump, j’ai voulu documenter à ma manière sa présidence et j’ai décidé d’écrire une chronique littéraire mensuelle qui au bout de quatre ans permettrait de rendre compte de son administration et du moment historique que nous venions de traverser.

L’enthousiasme des élèves et l’accueil favorable des lecteurs à mes Trumplandias ont contribué à la création de Premier Acte.

Made in France : Quels sont les autres éléments qui vous ont poussée à créer Premier Acte?

 

Cécile Casanova : Ils correspondent à ma formation initiale et professionnelle. Je suis professeure de lettres et théâtre et je fais de la formation depuis 1998. J’ai voulu réunir sous la bannière de Premier Acte mes trois champs d’expertise : enseignement, formation, création.  Mais attention : il ne s’agit en aucun cas d’une nouvelle « école » française ! Je ne cherche pas à faire concurrence aux établissements et associations locales. Ce qui m’intéresse, c’est de travailler avec des élèves sur des projets littéraires et théâtraux précis et circonscrits dans le temps. Premier Acte offre des cours pour des lycéens qui souhaitent étudier la langue et la littérature françaises en écrivant et en produisant de courtes formes artistiques. Par exemple, cet hiver avec un groupe de six élèves, nous avons créé une escape game littéraire dédiée à leurs parents à partir de plusieurs formes autobiographiques. J’adore monter ce genre de projets, entre rigueur de l’étude des textes classiques et performances artistiques.

En ce qui concerne la formation professionnelle, Premier Acte propose de former les enseignants qui souhaitent faire du théâtre en classe. Je suis convaincue qu’on ne peut se lancer dans une aventure théâtrale avec ses élèves si on n’a pas soi-même expérimenté ce que c’est que d’être sur scène. Une séance de théâtre, cela se prépare pour que les élèves adhèrent au projet et surtout se sentent en sécurité. J’ai commencé un travail de ce type avec les enseignantes d’EFGS [l'association Éducation Française Greater Seattle] et en dehors de ce que la formation a pu leur apporter sur un plan didactique, cela a été aussi un moment de partage et de rencontre différents, une réunion pédagogique pas « comme les autres ».

L’un de mes défis à venir est de développer aussi cette activité en entreprise. J’ai beaucoup participé à des séances de développement professionnel qui m’ont souvent semblé peu productives en terme de cohésion d’équipe. Je suis persuadée que faire faire du théâtre à une équipe, le temps d’un séminaire, permet de dynamiser les relations et de les regarder sous un jour nouveau.

Enfin, le dernier champ est celui de l’écriture sur mesure. J’aime l’idée que l’écriture créative puisse être un vecteur de communication pour tous. Par exemple, cet hiver, j’ai écrit un conte sur mesure pour La Maternelle de Seattle que j’ai lu pendant leur soirée « Nuit du Conte ». Je voudrais pouvoir développer ce genre d’événements pour que les établissements scolaires et entreprises communiquent et se présentent sous une autre facette.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Made in France : À quoi ressemble le succès de Premier Acte ?

Cécile Casanova : L’objectif de Premier Acte, donc, en quelques mots, ce serait de mettre en lumière et de révéler les talents de tous. Ce que j’aime par-dessus tout c’est quand ceux avec qui je travaille, quelque soit le cadre, sont surpris et fiers de ce qu’ils ont produit. Je crois profondément à la vertu du travail collectif et artistique. Dans le domaine de l’éducation, nous sommes nombreux à être convaincus de ses bienfaits mais il me semble qu’il y a encore beaucoup de travail à faire dans le secteur privé. Ce serait un réel succès de transférer mes compétences au monde de l’entreprise.

contact@premieracte.company

www.premieracte.company

Entretien par Cécile Casanova

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