Daniel Locicero

Acteur, cascadeur et chorégraphe de combats

Installé à Los Angeles, Daniel Locicero est cascadeur professionnel, chorégraphe de   combats et expert en arts martiaux. Invité à Seattle par Made in France, il a bien voulu nous raconter son expérience en   répondant aux questions d’Elisabeth Le Meur-Dahmoune.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours personnel ?

Je suis originaire de Montpellier. J’ai quitté l’école très jeune. J’ai commencé avec un apprentissage de la pâtisserie à 16 ans. Ensuite je suis parti dans les parachutistes et dans la Marine à 17 ans et demi. Quand j’ai quitté l’armée, j’ai travaillé dans plusieurs secteurs très différents : la restauration, la maçonnerie, la musique (DJ et animateur de karaoké) et dans la grande distribution pendant 3 ans.

A quelle occasion êtes-vous venu aux États-Unis ?

Je faisais de la peinture sur toile comme passe-temps et je suivais le cours de théâtre du fils de Michel     Galabru. Un jour, il a vu mes toiles et il a acheté l’un de mes tableaux. Ensuite, j’ai assisté à un séminaire du Dalaï Lama à Ganges

dans le sud de la France en 1999 et j’ai eu la chance de pouvoir lui offrir une autre de mes toiles.

Ces deux anecdotes ont été le déclic pour essayer de vivre mon rêve, celui de voyager. Je me suis dit pourquoi ne pas continuer à vendre mes tableaux à l’étranger ? J’ai donc envoyé les photos de mes toiles à plusieurs galeries d’art en Californie et l’une d’entre elles, située à Santa Monica, m’a répondu en me disant qu’elle appréciait mon travail et qu’elle était intéressée. J'ai donc tout arrêté sur un coup de tête pour tenter ma chance aux États-Unis et je suis parti, avec mon sac à dos et mes toiles, en juin 2001. J’avais un peu plus de 22 ans. Mais, arrivé à Santa Monica, le rendez-vous dans cette galerie n’a pas eu lieu. La personne qui devait me rencontrer était soi-disant partie. Je me suis donc retrouvé sans aucun projet. C’était encore l’époque du franc et le taux de change avec le dollar était très élevé.

Je n’avais plus beaucoup d’argent. Heureusement, j’avais une cousine qui vivait à Seattle et qui m’avait toujours dit de passer la voir si je venais aux États-Unis. Je l’ai donc appelée de l’aéroport et elle a accepté de me recevoir. J’ai pu ainsi rester deux mois à Seattle où je me suis beaucoup plu. Je me suis rendu compte que la meilleure façon de pouvoir rester aux États-Unis, c’était de connaître la langue. Je suis donc revenu en France, j’ai obtenu un visa étudiant et je suis reparti le 11 septembre 2001 ! J’ai fait Montpellier-Londres et le Londres-Seattle a fait demi-tour à cause des événements du World Trade Center. Je suis reparti pour Seattle deux semaines plus tard.

À quel moment avez-vous pensé à devenir  cascadeur ?

J’étais donc étudiant à Seattle. Je prenais des cours d’anglais. Un jour, je m’arrête  devant  la  tombe  de Bruce Lee  au Lake

View Cemetery et j’aperçois une autre personne qui se recueille également devant cette tombe. Nous commençons à échanger quelques mots. Il se prénomme Taky Kimura, c’est l’ami de Bruce Lee et il est instructeur de Jun Fan Gung Fu, un art martial. Il m’invite dans sa classe, je deviens un habitué de ses cours et nous devenons très amis.

Avant de vous lancer dans la profession de cascadeur et avant de suivre les cours de Taky Kimura, vous étiez quand même, je présume, un ardent sportif. Vous faisiez du sport étant plus jeune ? Vous aviez déjà un intérêt pour les arts martiaux ou pas du tout ?

Oui, j’ai commencé les arts martiaux à neuf ans. D’abord le judo et ensuite la boxe française puis la boxe anglaise. Ensuite c’est grâce à Taky que j’ai découvert le Jeet Kune Do, le Jun Fan Gung Fu et le Wing Chun. Et entre mes cours et séparément de ma collaboration avec Taky, j’ai commencé le Jiu Jitsu    brésilien ainsi que le Muay Thaï et le MMA.

 

Quel souvenir gardez-vous de votre première cascade ? 

En 2003, je rencontre Mike Hilow dans la classe de Taky Kimura. Il est également instructeur de Jun Fan Gung Fu et cascadeur. Il cherche quelqu’un pour participer à un show Microsoft. Très enthousiaste, j’accepte d’y participer sans savoir ce que je dois faire.

J’arrive sur le campus et Mike Hilow m’explique la cascade : « Tu cours dans un couloir, tu es poursuivi par une personne, tu te retournes pour voir si elle te rattrape et, du coup, tu ne peux pas éviter une autre personne qui est au bout du couloir. Tu heurtes de plein fouet son bras et tu tombes en faisant un salto arrière. » « Et, » Mike ajoute, « c’est Bill Gates qui va                courir derrière toi ! »  Je reste perplexe ! Bill Gates ! Et, effectivement, j’ai effectué ma première cascade pour Microsoft avec Bill Gates qui m’a poursuivi dans un couloir ! Ce fut ma première montée d’adrénaline car j’étais encore étudiant et débutant dans ce milieu.

 

Quand avez-vous décidé de poursuivre l’aventure à Los Angeles ?

À Seattle, j’avais créé une petite structure d'intérior-design. Ma carrière de cascadeur a en fait commencé très progressivement. Il existe une industrie du film d’entreprise (Microsoft, Boeing), de publicité dans la région de Seattle mais pas d’industrie cinématographique à proprement parler. En 2014, j’ai été engagé en tant que chorégraphe de combat pour le film Beta Test et cette expérience a confirmé mon souhait de m’installer à Los Angeles.

Sur place, je passais des journées à me renseigner sur les tournages, à me présenter avec mon CV en insistant sur tout ce que je savais faire, les arts martiaux, les chutes, la conduite automobile, etc. Et j’ai attendu que l’on m’appelle.

Le rythme de vie est devenu plus flexible car être cascadeur signifie être engagé pour un jour, une semaine, des mois, puis ne plus avoir de contrat pendant une longue période. Je  continue à m’entrainer, à faire du sport et à me tenir au courant des productions. Il faut entretenir les relations professionnelles car ce métier est aussi basé sur la confiance et les            rencontres.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous souvenez-vous de votre premier contrat ?

Oui c’était en mars-avril 2015. J’ai travaillé deux jours sur un film indépendant, Persian Connection. J’ai reçu une assiette sur la tête et je suis tombé d’un escalier. Mon premier pas de cascadeur à Hollywood.

Quel est votre plus grand souvenir ?

J’ai participé au tournage du film de Christopher Nolan, Dunkerque (en anglais Dunkirk, NDLR), pendant deux mois et demi. Le tournage s’est déroulé sur les plages de Dunkerque et deux semaines dans les studios de la Warner. J’ai dû mourir au moins quinze fois ! Je suis tombé, je me suis noyé, brulé, explosé. Du moment que la caméra n’est pas sur vous, on peut vous utiliser plusieurs fois. Contrairement à un acteur, il ne faut pas être reconnu pour travailler.  Un soir, c’est bientôt le coucher du   soleil et Christopher Nolan, le metteur en scène, m’appelle et m’explique une cascade. À cet instant, je me suis dit : « Ça y est, c’est la réalisation d’un beau parcours ».

 

Et votre plus mauvais souvenir ?

Cela s’est passé aussi sur le tournage de Dunkerque. Dans les studios, nous avons tourné une scène où, pour simuler l’explosion d’une torpille, neuf tonnes d’eau sont propulsées dans un bateau. Je suis contre un mur et un des cascadeurs a été projeté contre moi et mon genou s’est tordu. J’avais encore deux semaines de tournage et j’ai dû continuer malgré la douleur.

 

Est-ce un avantage d’être français ?

Oui et non, cela ouvre certes des portes si un réalisateur recherche un cascadeur français pour une scène précise mais ce n’est pas un avantage  significatif dans cette branche. Nous sommes seulement trois ou quatre Français connus à Los Angeles à exercer cette profession.

Quelle cascade avez-vous réalisée sur Mission: Impossible - Fallout?

J’ai participé pendant deux mois au tournage du dernier Mission: Impossible. Je conduis l’une des voitures qui poursuit Tom Cruise à moto. Pour cette cascade, l’équipe s’est préparée sur le circuit Jean-Pierre Beltoise à Trappes dans les Yvelines pendant 2-3 jours à 50 km / h et Tom Cruise arrivait en face de nous à 80 km / h en slalomant. Il faut savoir que les cascades ne sont pas écrites comme un synopsis de film. Il faut s’adapter, changer de chorégraphie en fonction d’un inconvénient qui apparait lors de la répétition. C’est ce qui s’est passé lors de cette course poursuite. Nous ne savions pas exactement à quel moment Tom Cruise allait se diriger vers la droite ou la gauche. 

 

Quel genre de cascade préférez-vous faire ?

Depuis petit, j’ai toujours adoré me prendre des gamelles. Donc je vais répondre chute au sol, chute de hauteur...

 

Que tournez-vous actuellement ? Quel est votre prochain objectif ?

Je double actuellement un des acteurs principaux de la série SEAL Team.

En dehors des tournages, je loue maintenant une salle où je donne des cours, j’entraine des acteurs à faire des acrobaties, à tenir correctement un revolver, etc. Cela me permet d’entretenir mes relations et de rester en forme.  Mon prochain but est de créer ma propre entreprise et de recruter de jeunes cascadeurs.

 

 

Interview menée par

Elisabeth Le Meur-Dahmoune

Correspondante Culture

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